Dès les premières lignes, le décor est
planté dans un lieu particulièrement insalubre et improbable : saleté, brume, crachins de kérosène, voies ferrées malsaines et pollutions diverses. Nous sommes coincés entre un aéroport et une
déchetterie puante, ou les vieux ne vivent pas bien vieux et décrit de manière désopilante en un genre de petit guide touristique. Le narrateur, un jeune homme célibataire, vit avec sa grand-mère
et pour gagner sa vie travaille dans un abattoir à proximité, près duquel il regarde décoller les avions et envoie des signes au sol lorsque ceux-ci
passent trop bas entre deux pauses de travail à la chaîne. Celui-ci ne se fait d'ailleurs pas prier pour ramener dans ses poches des morceaux de viande choisis pour améliorer l'ordinaire, si
rugueux et insolite mais non dénué de sentiments, bien au contraire. Certes, on est un peu dans le burlesque surtout lorsque le narrateur aperçoit un jour un rayon de soleil
percer à travers les nuages comme un signe du ciel, ou qu'il récupère la boîte noire d'un avion tombé à proximité, en ayant pris soin d'éviter le drame. Avec
un style décapant, c'est le récit d'une vie banale et monotone, ordinaire à souhait mais ponctuée d'un peu d'amour et beaucoup d'attachement. Un peu de poésie contrastant avec l'apreté de cette
vie misérable qui a l'allure d'un conte contemporain, aussi cocasse qu'insensé et plein d'espoir. Un livre très court mais intense à lire absolument.
Vous dites ?