
Il est devenu plutôt rare que j'aborde un commentaire sur un livre, ne me
complaisant d'ordinaire qu'à sa lecture, loin de l'idée d'aborder des critiques interminables que je pourrais faire à chacun des romans, soit un par semaine environ. Mais j'ai découvert cet
auteur, Eric faye, et son personnage, qui prend la forme d'un anti-héros. Un homme tout à fait ordinaire, Antoine Blin, qui dès les premières lignes s'avère être déterré du Panthéon
pour rejoindre le cimetière de sa ville natale.
Tout commence donc par ce funeste transfert, celui d'un homme trop banal, français moyen de surcroît, qui travaille de nuit dans un centre de tri postal et croit sentir horriblement mauvais.
C'est d'ailleurs après une consultation médicale à ce sujet que sa vie va basculer vers ce destin tragique.
Il fait d'abord la rencontre d'un homme, un certain Denner, qui se présente chez lui avec l'intention de le faire souscrire à ce fameux syndicat des pauvres types, un organisme chargé de mettre
en marche une révolution, comprenons la grève de la vie, une grève qui paralyserait le monde entier, certes utopique, mais serait la revanche des basses classes sociales contre le pouvoir. Blin
hésite, mais qu'importe puisqu'il n'a pas vraiment d'amis, sauf un couple qui vient une fois par an lui demander de surveiller l'appartement pendant les vacances, et que son téléphone portable ne
sonne qu'en cas d'erreur. Et finalement, Denner s'avère protecteur, moraliste et optimiste. Un brin sectaire, peut-être. Mais Blin signe, un peu naïf toutefois, car l'on ne connait pas le
fondement réel de l'objectif de Denner; si ce n'est ce genre d'étude sociologique, cette idée de révolution à partir d'un seul homme. Mais c'est curieusement dérangeant. Blin signe donc,
reconnaissant quelque peu être un pauvre type.
Et voilà qu'un jour, une belle inconnue l'appelle. Elle est journaliste et cherche des participants pour une émission de téléréalité chargée d'élire un Monsieur tout le monde, quelqu'un qui nous
ressemble. Blin est interessé, plus par la journaliste au départ, selon toute vraisemblance, si bien qu'il participe à l'émission et se retrouve pour une fois dans la lumière: celle du
matérialisme qu'entraîne le gain d'une forte somme d'argent, et parallèlement d'une belle maison qui contraste avec son ancien appartement. Mais tout n'est pas si simple, loin de là, lorsque l'on
est célèbre. Et Blin est ainsi retrouvé mort chez lui. Deux balles dans le dos. C'est tout.
Cela suscite l'interrogation, mais aucun revirement en vulgaire polar, car le lecteur doit rester sur cette finalité, peut-être celle d'une chaîne de télévision, justement, qui voulait clore la
célébrité non éphémère de Blin, (Pour un fois, c'est à contre-sens de la réalité) et ainsi démontrer qu'elle tenait sa parole contractuelle, en offrant à Blin une place de choix au cimetière du
Panthéon : celle des grands hommes. Mais en était-il seulement un dans la mesure ou il n'y resterait que six mois, pas plus. Denner avait à évidence mis en garde Blin, et il n'a pu constater
qu'impuissant cette échéance, d'autant que ce syndicat n'était qu'un leurre, un piège qui avait pris la forme révolutionnaire pour satisfaire cette lubie sociologique. Mieux comprendre l'esprit
du pauvre type, sans doute, et sa capacité à détourner l'énergie des pouvoirs sur lui.
Bref, c'est une fable d'une richesse incroyable, brillante et terriblement réaliste en fait, c'est ce qui en fait l'interêt et permet, sous une légéreté pas si légère que ça finalement, de
réfléchir sur sa propre condition et le monde environnant. Mais quelle place avons-nous, justement, celle du pauvre type qui peut faire basculer le monde ou celle du pouvoir ? Et que peut la
célébrité sur le comportement social, ou plutôt quelle affluence peut-elle avoir ? Autant de réflexions qui m'ont réellement interessé.
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