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Se souvenir de moi

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Elle ne se contrôlait plus et se rapprocha de moi, au plus près, jusqu’à me toucher. Je la sentis, maintenant. Je retrouvais son haleine fétide mélangée aux médicaments, la même odeur qui m’avait poursuivie si longtemps. Ses cheveux gris frisés et disgracieux ondoyaient et me chatouillaient la peau. Elle était électrique, extrêmement nerveuse, on aurait dit un générateur en surchauffe. Elle me signifia de la prendre, comme à cette époque ou nous faisions l’amour quotidiennement ou presque, avec ferveur, émotion et cascades d’orgasmes. Thérèse était inépuisable, et c’était peut-être ça qui l’avait rongée à force, lorsque nos deux corps s’étaient détachés l’un de l’autre pour ne jamais se retrouver.

Et là, ils se liaient à nouveau. Je la pénétrais avec véhémence sur la table de la cuisine, me rappelai aux bons souvenirs d’une assiette de charcuterie. J’ignorai pourquoi je pensais soudainement à cette assiette de charcuterie, peut-être la circonstance : dans la cuisine au milieu des surgelés et des plats. Ou peut-être à cause des saucisses, la fougue me procurant des sensations inégalables. Toujours est-il que Thérèse réveilla mon instinct prédateur, celui du séducteur acharné de conquêtes, vétéran bien sur, mais qui s’offre cette seconde jeunesse. Et je la tenais bien en main, fougueusement, jusqu’à cet ultime parade au fond d’elle, comme un dernier couplet d’une musique de chambre véloce. Elle s’excusa, se rhabilla rapidement et regarda derrière mon épaule Matthieu et Hélène qui nous scrutaient attentivement.

 

- On a tout filmé, railla la grosse Hélène de sa voix de haut parleur.

- Et on va tout balancer sur Internet.

Thérèse grogna qu’ils n’étaient que des sales mômes, qu’ils n’avaient aucune morale et que nous avions aussi le droit d’assouvir nos pulsions les plus bestiales soient-elles. Sur ce point là, je la rejoignis et pour une fois nos points de vues concordèrent à merveille.

- Quoi qu’il arrive, nous assumerons, clamai-je à l’attention des deux adolescents.

- Pour la peine, vous serez de corvée toute la semaine, aboya Thérèse furieuse.

 

Je la reconnaissais mieux ainsi, je pensai même qu’elle avait retrouvé la raison et que la vie allait reprendre son cours. Je n’osai même pas lui avouer la vérité si jamais elle atterrissait et qu’elle me demandait ce qui lui était arrivé. J’avais donc une lourde décision à prendre, donner la vie, en somme, car j’imaginai dès lors, si l’effet des médicaments s’estompait, qu’il faudrait peut-être recommencer le mélange, et pour cela j’avais besoin de l’aide des deux lascars, parce que je voulais que cela continue. Je pensai qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, et qu’à partir de ce moment là, c’était un tournant, peut-être le dernier, dans ma vie sentimentale.

 

- Il faudra recommencer votre mélange, les enfants, osai-je demander alors que nous parcourions la plage, au coucher du soleil. J’ignore comment vous avez procédé, mais il ne faut pas que cela cesse.

- Pour que tu continues à t’éclater dans notre dos ? Clama Mathieu.

- Que veux-tu en échange ? De l’argent ? Tu en auras, je peux te le garantir.

Je proposai un prix. Hélène acquiesça et je promis, moyennant une tape solidaire dans les mains, une prime mirobolante. Nous convînmes ainsi d’un pacte pour que Thérèse continue à jouir de la vie. Je me félicitai de la rendre ainsi heureuse, profitant de cette occasion pour bonifier mon capital bonne action.

 

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par Rémy communauté : Au fil des mots ajouter un commentaire commentaires (0)   
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