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Je demandai si ça allait, si elle n’avait pas fait une chute, qu’elle serait tombée sur la tête. Je tentai de la calmer puis de savoir si elle n’avait pas interverti les doses avec des anabolisants. Elle répondit que non, qu’elle avait une pêche formidable, comme dans la publicité d’ailleurs. Je pensais à cette femme qui mangeait son yaourt tout les matins à heure fixe, et je me dis que c’était peut-être ça. Elle avait mangé un yaourt. Mais un yaourt suffirait-il à la rendre aussi épanouie ? Je n’imaginai pas un seul instant. Les enfants non plus n’y crurent, je vis les cuillères tomber de stupéfaction dans les bols, puis quelque chose que je n’aurais pas du voir, un sourire. Ce sourire narquois sur leurs visages. Pas un grand sourire, mais plutôt une esquisse, comme une grande complicité entre eux. Un plan peut-être. Je sentis qu’ils étaient à l’origine de ce changement, et j’étais loin d’être dupe, car je sais que les adolescents sont capables de beaucoup de bêtises. Mais pas celle-là. Pas jouer avec la vie d’une personne, aussi misérable soit-elle.

Thérèse se glissa vers la chaîne du salon, y inséra un nouveau disque. Un disque de Marvin Gaye, je reconnaissais la voix, cette mélodie lascive. J’ignorais si je rêvais, ou bien si mon esprit me jouait des hallucinations, mais ce n’était pas banal. Je la regardai se trémousser, dandiner en préparant la cuisine, les mains dans la viande. Je me dirigeai vers la chaîne, déclinai le volume qu’elle avait mis trop haut, puis l’interpellai.

- Que t’arrive-t-il aujourd’hui ?

- Tu me parles toi, maintenant ? C’est hélas bien rare, si rare que cela mérite presque d’être signalé. Il y a longtemps que tu ne m’as pas adressé la parole.

- Je me pose des questions, tu ne sembles pas dans ton état normal.

- C’est peut-être toi qui n’es pas dans ton état normal. Réfléchis-y. Tu n’as peut-être pas le moral, tu es souffrant ?

- Je me demande pourquoi tu as changé si subitement.

- J’ai changé ? En si peu de temps j’aurais donc changée ?

- Je le crains. Je te trouve si arrogante, pleine de vie. Cela ne te ressemble pas. 

- Regarde toi, chéri, et demande toi ce qu’est le changement. Peut-être en aurions nous besoin à notre âge.

- A notre âge, ce n’est ni sérieux ni raisonnable.

Elle cria que je pouvais me la mettre où je pense la raison, que cela faisait trop longtemps que ça dure, qu’elle n’en pouvait plus de sa vie, de notre vie en l’occurrence. J’avais l’impression d’avoir une autre femme en face de moi, une femme toute neuve, puissante et désinvolte qui croque la vie à pleines dents. Il fallait que je m’assure que c’était bien Thérèse, mais ses traits étaient les mêmes. Son visage n’avait pas changé, sauf peut-être quelques rides qui s’étaient estompés ça et là, et surtout ses yeux qui s’étaient éclaircis. Les cernes avaient presque disparues, comme par magie. J’ignorai si il y avait eu un miracle, et surtout si je pouvais crier victoire. Rien n’était impossible, c’est vrai, mais j’attendis la suite, de savoir si c’était réel, ou si je rêvais purement et simplement, et que je me réveillerais d’ici quelques minutes, quelques heures ou plus de ce coma étrange, mais nullement désagréable. Je me dis que je pourrais y prendre goût, que ce serait pourquoi pas l’occasion de repartir d’un bon pied dans la vie.

J’avais tant espéré ce changement que dès lors, je ne pensais plus qu’il pouvait se réaliser un jour.


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par Rémy communauté : L'écriture dans tous ses états ajouter un commentaire commentaires (0)   
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