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Les enfants était rentrés hagards, songeurs aussi, rien qu’à l’idée d’être ici, en face de moi, leur grand-père. Je leur préparais donc le petit-déjeuner, sortis des biscottes, un pot de confiture et une motte de beurre. Suffisant pour ne pas les engraisser davantage, me dis-je. Ils demandèrent de la pâte à tartiner, des céréales avec une figurine dedans, tout ce que les enfants aiment, mais nous n’avions rien. Le placard était vide et nous n’avions pas eu le temps de passer au supermarché. Ils râlèrent, bougonnèrent en avalant deux à trois biscottes chacun, broyèrent et mastiquèrent avec assiduité finalement sans un mot, car ils n’avaient évidemment pas le choix pour remplir leurs estomacs aigris par trop de sucre.

Je craignais que le pire fût arrivé ce matin-là. Je craignais qu’était encore monté en elle une nouvelle crise, une bouffée délirante bien plus existentielle cette fois, un nuage noir à l’horizon. Je le présageai car je la connais, et que si je la vois descendre en traînant ses chaussons, racler le sol et invectiver son corps paresseux qui ne répond plus, je comprendrais. Je me dirais que rien n’aurait changé. Je la vois encore ce saisir d’une dragée chimique, une de celle qui ressemble à un bonbon inoffensif, mais un bonbon qui la maintient en vie malgré tout, parce qu’on ne lui a pas laissé le choix. Je regardai les boîtes de médicaments éparpillées sur la table, enfin ce qu’il en restait. Elle semblait avoir tout dévalisé. Cela signifiait donc qu’elle s’était levée pour les prendre, et les avait ingurgité un par un accompagné d’un verre d’eau, une gorgée par capsule. J’imaginais les comprimés fondus, prêts à l’action, au fond de la gorge, puis dans son corps de malade.

Et l’action semblait avoir fait effet, tout semblait l’avoir chamboulé parce qu’elle n’avait peut être pas respecté les doses, comme si elle en avait trop pris d’un coup, qu’elle avait soudainement aimé le goût acre de la médecine.

Je la vis rentrer au pas de charge. Je dis au pas de charge puisqu’elle marchait vite à cet instant là, si vite que je me suis dis que c’était impossible, que même un sportif n’aurait pas pu la suivre. Elle posa un sac de provisions sur la table, énuméra ce que nous mangerions ce midi, des paupiettes de veau surgelés, pour la première fois des surgelés, des plats tout prêt à réchauffer. Je sentais qu’elle avait changé. Je la regardais décharger le panier, ranger nerveusement et surtout gaiement, puisqu’elle avait le sourire, un grand sourire, une banane que je n’avais que trop rarement vue ces derniers temps.


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par Rémy communauté : Au fil des mots ajouter un commentaire commentaires (0)   
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