Soit, le cadre est romanesque. Nous sommes dans un parc ombragé, sous un arbre et l’instant est figé autour
de quelques personnes réunies pour une photo. Quoi de plus banal, donc, que partir de cette photo. C’est juste un souvenir, mais sur ce cliché figure un inconnu, ou tout du moins, ce qu’il y
paraît. Derrière, près d’un arbre, il y a un cinquième personnage énigmatique et tout ou presque se jouera autour de lui. L’homme s’est glissé dans le cadre, et tour à tour, sous l’œil du
photographe Marco, un ami ; c’est une plongée dans les souvenirs de chacun, et ce de manière délicieusement intimiste.
Marie Desplechin donne la parole à ses personnages et leurs pensées s’entrecroisent dans un instant fugace. Dans ces entrelacs de confidences, il y a Séréna qui connaît Peter, une ancienne relation sentimentale, qui lui-même connaît Mélanie qui a invité Yasmina, jeune infirmière complexant sur son embonpoint. Si ces relations entre les personnages semblent acquises, on parviendra avec précision et parcimonie, au fil des histoires de chacun, à tisser les affinités.
Et on s’aperçoit que rien n’est vraiment laissé au hasard, que le monde, selon l’adage, est petit. Mais surtout l’ensemble est peint avec une tendresse certaine. Les portraits sont généreux et s’étirent dans une lenteur relative dont on ne lasse pas. On a certes ce léger flou quant à ce mystérieux protagoniste au fond près de l’arbre et quasiment invisible. Mais le mystère n’en est finalement pas tout à fait un. Et le dénouement nous donnera raison d’avoir continué la lecture de ce très court roman. On apprécie tant la forme que le fond, avec une mention particulière pour les illustrations qui jalonnent ce court récit et lui donnent vie.
Vous dites ?